Quand l’auto-évaluation psychologique se passe de la rencontre
Les outils d’auto-évaluation sont aujourd’hui partout : questionnaires en ligne, tests de personnalité, applications de bien-être et, plus récemment, outils enrichis par l’intelligence artificielle.
Cette évolution m’amène régulièrement à m’interroger sur la place que nous accordons au résultat.
Car la question n’est pas, à mes yeux, d’être pour ou contre les tests. Un outil peut être précieux. Mais il reste un outil.
Dans ma pratique de psychologue du travail et des organisations, un résultat n’est jamais une vérité sur une personne. Il constitue un point de départ pour explorer, questionner et mettre en perspective.
Une personne peut lire un résultat et me dire :
« Oui, je me reconnais complètement. »
Mais elle peut aussi me dire :
« Non, cela ne me ressemble pas. »
Et cette deuxième réponse est tout aussi intéressante.
Pourquoi ne se reconnaît-elle pas ? Dans quelles situations fonctionne-t-elle différemment ? Que nous dit cet écart entre le résultat et son expérience ?
C’est précisément là que l’outil prend, pour moi, toute sa valeur : lorsqu’il ouvre une conversation plutôt qu’il ne la ferme.
Cela suppose également de contextualiser. Une réponse donnée aujourd’hui peut être influencée par une situation professionnelle, une période de surcharge, un changement personnel ou simplement la manière dont une question a été comprise.
L’essor de l’intelligence artificielle rend cette réflexion particulièrement actuelle. Nous pouvons désormais obtenir très rapidement des restitutions détaillées et convaincantes.
Mais une restitution, aussi élaborée soit-elle, ne remplace pas nécessairement ce qui se joue dans la rencontre.
Une machine peut produire un résultat. Elle ne peut pas entendre ce que ce résultat provoque chez celui qui le lit.
C’est dans cet espace que je situe une partie essentielle de mon métier : permettre à la personne de questionner ce qui est dit d’elle, de le contextualiser, de s’en saisir… ou de le contester.
Le test devient alors ce qu’il devrait rester : un support d’exploration et de réflexion, jamais une définition de la personne.
À l’heure où l’auto-évaluation devient toujours plus accessible, la question n’est peut-être pas de savoir s’il faut renoncer aux outils.
Mais plutôt :
Quelle place souhaitons-nous leur donner, et quelle place voulons-nous préserver pour la rencontre ?
Stéphanie ZAMORD
Psychologue du travail et des Organisations, Cabinet KONSULTAPSY