Daisy PLANAS

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Psychologue
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Génogramme et troubles des conduites alimentaires

Le génogramme est bien plus qu’un simple arbre généalogique : c’est un outil de cartographie systémique et relationnelle.

En thérapie, particulièrement dans la prise en charge des troubles du comportement alimentaire, il peut constituer un levier clinique puissant pour comprendre ce que le symptôme vient exprimer au sein de la dynamique familiale.

 

Qu’est-ce qu’un génogramme ?

 

Conçu sur deux à trois générations (ou plus quand c’est possible), le génogramme modélise visuellement :

  • La structure familiale (morts, naissances, séparations, alliances).

  • La qualité des liens (fusionnels, conflictuels, coupés, ambivalents).

  • Les événements de vie marquants (traumatismes, deuils non élaborés, secrets de famille, maladies).

En inscrivant l’histoire individuelle dans une perspective transgénérationnelle, cet outil peut permettre de déplacer le regard : le patient ne serait alors plus vu comme le “problème”, mais comme le porteur d’un symptôme qui s’inscrit dans un système.

 

Pourquoi l’utiliser dans les troubles du comportement alimentaire ?

 

Les TCA se développent rarement en vase clos. Le corps et l’alimentation peuvent devenir le terrain d’expression de loyautés invisibles, de tensions familiales ou de traumatismes non dits.

  1. Révéler les loyautés invisibles et les mandats familiaux 

Il arrive que le TCA ait la fonction de maintenir un équilibre familial précaire. Le génogramme peut alors mettre en lumière. Nous pouvons citer par exemple :

  • Les attentes implicites (ex : “réussir là où la génération précédente a échoué”, “rester l’enfant parfait”, etc.).

  • Les mécanismes d’identification à une figure familiale disparue ou souffrante…

  1. Cartographier la régulation émotionnelle et la place du corps

A travers le génogramme, on explore la manière dont les émotions et le corps ont été traités au fil des générations. Par exemple :

  • L’alimentation était-elle utilisée comme unique mode de réconfort ou de contrôle ?

  • Y a-t-il des antécédents d’addictions, de dépression ou de métabolisme particulier étouffés par le silence ?

  1. Identifier les ruptures et les dynamiques de contrôle

Les troubles alimentaires traduisent souvent une lutte pour l’autonomie et la frontière de soi. Le génogramme peut nous aider à repérer les hyper-projections générationnelles, la surimplication ou, à l’inverse, le désengagement affectif, ce qui peut aider le patient à comprendre pourquoi le contrôle de son corps est devenu sa seule emprise possible.

 

Comment se déroule son élaboration en thérapie ?

 

L’intérêt du génogramme réside autant dans le processus de création que dans le résultat final.

  1. La co-construction : Le thérapeute et le patient dessinent ensemble la carte sur plusieurs séances. 

  2. Le questionnement circulaire : On interroge les représentations (ex : “Selon vous, comment votre mère percevait-elle la relation de sa propre mère avec la nourriture ?).

  3. L’émergence de la prise de conscience : Le patient prend de la distance. Il peut réaliser que sa souffrance ne résulte pas d’un “manque de volonté”, mais d’une histoire complexe dont il hérite.


Les bénéfices thérapeutiques pour le patient

  • Déculpabilisation : Séparer son identité du trouble alimentaire.

  • Réappropriation de son histoire : Choisir ce que l’on souhaite garder ou transmettre, et ce dont on veut se libérer.

  • Restauration de la communication : Par la libération des fardeaux familiaux invisibles que le patient peut choisir de ne plus avoir à charge.

 

En restituant au trouble alimentaire sa fonction de langage au sein du système familial, le génogramme offre au patient l’opportunité de trouver d’autres voies d’affirmation et de guérison que la restriction ou le chaos alimentaire.